vendredi 22 août 2008

Ce qui finit, commence et continue



Nous y voici.
voici le moment où l'expérience est finie.
voici le moment ou soudainement tout ce qui s'est passé donne une impression d'irréel.
Le Cambodge était-il une parenthèse? quelque chose qu'on peut supprimer sans ôter du sens au reste?
j'ai posé mes valises dans l'appartement Parisien du 23 rue du temple. et comme dans un mausolée sacré, comme dans un écomusée, le temps paraît figé. Vestiges de repas, plantes fraîchement arrosées, vêtements rangés, quelques CD sortis, bureau en pagaille. On dirait que je suis juste partie pour acheter Libé, et c'est tout juste si je n'ai pas de la vaisselle sale qui attend dans l'évier.
momo et cathy ont pris soin des lieux.

pourtant je ne crois pas avoir rêvé.

Lundi j'ai dîné avec Eva dans le nouvel appartement loué par nos petits chouchous d'étudiants. nous nous prenions les mains pour nous dire adieu, moment rare mais si précieux. je leur avouais que j'étais un peu amoureuse d'eux tous et qu'ils m'avaient appris plus de choses qu'ils ne pouvaient croire. Eux me remerciaient pour les avoir traité en petits frères souvenirs à l'appui:
"thank you helou, i will always remember the day i was sick and you gave me medecines, and the day you told me: if you do it one more time, you will sleep outside"...

et dire qu'il paraît que j'étais stricte...

Mardi j'organisais ma surprise partie chez Estelle avant mon départ. Courses éperdues à moto dans Phnom Penh, pour acheter des rouleaux de printemps au marché Olympique, pour faire le plein de bières, cuire les gâteaux chez les MEP et me changer en revêtant le magnifique Pyjama rose à nounours que m'avait offert Sokka pour accueillir mes invités.
j'ai passé ma dernière nuit sur une natte entre les bras de vanna, dont je vous ai peu parlé mais qui est une vendeuse khmère.
Les amitiés khmères sont tellement tendres. Rester toute la nuit à mes ôtés était un joli cadeau qu'elle me faisait.

Mercredi je bouclais ma valise en vitesse sous le regard ému de Sabrina. le père franco venait me serrer une dernière fois la pince, et je prenais une dernière fois la moto pour emmener Sabrina au Psar Tauch à une réunion des dames du comité de solidarité, pour régler le problème d'une filleule introuvable. Miracle je retrouve la grenouille de bénitier qui me l'a présentée. Sabrina est aussitôt embarquée sur sa première visite à domicile, seule. La mission de coordo est passée entre ses mains. Avant de rattrapper la dame qui l'emmène nous échangeons nos derniers mots dans un confus magma de mots:
"Merci, Bonne chance, oui bonne chance, merci à toi, bon courage, oui oui, au revoir, amuse toi bien rentre bien... oui oui, allez j'y vais"


je rentre en motodop au bureau, renouvelle les déchirants adieux. je ne peux même pas vraiment dire au revoir à Eva qui est sur le terrain en train de passer son flambeau à Elodie. que c'est bizarre de partir comme ça... comme une ingrate.

départ de Phnom Penh sous la pluie. J'ai voulu être seule pour me sentir partir, ne pas passer à côté de ce moment solennel où l'on referme la porte d'une année aussi particulière.
Dans ce départ, c'est surtout la culpabilité qui m'a le plus taraudée. pas la nostalgie de l'année passée, pas la joie de rentrer au pays, pas l'angoisse de retrouver le rythme parisien. La culpabilité.
Tous les regards disent:
"oui on t'aimais bien, oui c'était sympa de travailler ensemble et on commençait à faire du bon boulot et à bien s'entendre... mais finalement toi aussi tu ne fais que passer. tu restes assez longtemps pour qu'on adopte tes règles du jeu, on s'y plie et tu t'en vas."


Alors à ceux qui me demandent comment je vis ce retour, s'excusant de poser ce qu'ils croient être une plate question, je réponds un peu pensive: "je suis contente mais je me sens coupable".

A l'aéroport, j'ai glissé le dernier tirage du "Cambodge Soir" dans mon sac pour garder un repère daté de cette fin.

quelques heures en plus et en moins plus tard, je foule le sol parisien.
je change... ou plutot je brade mes dollars pour quelques euros.
je m'engouffre dans un taxi...


"pardon monsieur, je vais à saint lazare... mais... euh... vous ne seriez pas Cambodgien par hasard?"
je repense à Eva lors du déjeuner à la Marmite, un resto français, où nous avions invité Chanroeurn, étudiant en droit resté seul à Phnom Penh pendant les vacances pour passer les examens d'intégreation de la section française de sa fac.

"non, Chanroeurn, les étudiants qui ont de la famille en France ne sont pas mieux que toi. tu sais, ils friment en disant qu'ils ont de la famille en France, mais leurs oncles ne sont généralement pas ministres. en fait ils sont souvent chauffeur de taxi..."


mon chauffeur de taxi n'a de cambodgien que la figure. il grommelle contre les couloirs Bus, les bouchons et les camions qui déchargent dans la rue d'Amsterdam comme un bon vieux parisien.
bienvenu à Paris. le flegme cambodgien n'est plus qu'un mythe lointain.
Rue St Lazare, je tombe entre les bras du plus beau, du plus cher, du plus précieux: Papy.
qu'est ce qu'il m'a manqué, le vache!

Papy n'a pas changé.
je suis contente de partager mon premier petit déj' parisien avec lui, même s'il me sort du thé Lipton insipide, et des croissants Pasquiers sortis d'un sachet industriel en guise de collation.
Il n'a pas changé. tant mieux.

Le deuxième chauffeur de taxi est aussi cambodgien. C'est papy qui me l'amène en bas de l'immeuble et quand il sort de la voiture, il est mort de rire, parce que décidément, le Cambodge s'invite dans ce retour en France.

En bas de mon immeuble c'est Audrey qui m'attend pour m'aider à monter mes valises.
la journée sera comme ça. cris de joie, étreintes, cris de joie, étreintes...

Dans la rue, finalement, ce qui surprend, ce n'est pas la richesse, ce n'est pas la propreté, ou même le fait de pouvoir marcher sur un trottoir, mais plusieurs fois je me suis entendue penser: "qu'on est vieux en France" ou "qu'est ce qu'il y a comme pépés à Paris"...
au supermarché G20, j'ai eu une grande émotion en me perdant entre les rayons pour choisir mes repas maison. et puis j'ai eu une petite déception aussi, parce qu'ici, quand on achète un pack de rouleaux de PQ, on n'a pas de cuillère en cadeau.
je me suis aussi dit que la misère d'une ville comme Paris était finalement presque plus dure que celle de Phnom Penh ou de Kdolleu. Au moins au Cambodge, les pauvres ne sont pas transparents pour le passant, ils ne sont pas "exclus" comme ici.

En fait c'est très facile de redevenir parisienne. très facile de remettre des bottes, une écharpe et un imperméable, de glisser son pass navigo sur les bornes de vélib', et de payer son café 2 euros 40.
c'est même un peu trop facile.



Voilà. ce blog touche à sa fin et il a un peu vocation à donner une épilogue à cette année.

bien des fois je me suis dit "oh ça, je dois absolument en parler dans le blog" et cette idée géniale s'est perdue dans les limbes de l'action, bien des fois je me suis dit " quel dommage que je n'aie pas aussi le temps de tenir un journal", mais on ne laisse jamais suffisament de trace, on ne capture jamais assez de souvenirs, et je sais que bien vite, trop vite, j'oublierai des choses précieuses, à commencer par mon khmer si "pirou", si "fluent"...

peut être que personne ne lira ce post, puisque je suis revenue.
Mais pour les quelques irréductibles qui se seront acharnés à me lire jusqu'ici, pour les quelques badauds du web qui ont pu suivre ce parcours initiatique d'une parfaite inconnue, le moment est peut être bienvenu pour vous dire que c'était extraordinaire de partir, extraordinaire de vivre ce Cambodge là, mais aussi extraordinaire de vous le faire partager.

mardi 19 août 2008

Lettre à Taklith

ma beauté,

tu vois aujourd'hui je rentre.
et cette page est la nôtre.
je laisse mes baignades dans le Mékong, je laisse mes curés du bout du monde, je laisse les marchés qui puent mais m'enivrent, les gamins qui tirent leurs chariots pleins de détritus, et les mamies qui me font de l'oeil. Je laisse les étudiants, les fillettes d'anakut laor qui sèchent leurs larmes pleines de reproches pour l'éternel abandon que leur font subir les volontaires bambous, je laisse ma chemise bleue, griffée EDM, je laisse certains vêtements mités, je laisse DYCFE, mon bébé, ma chair, mon sang...
je les laisse et tout le monde me dit: "ça va? ce n'est pas trop dur?"
et c'est vrai que c'est dur. mais tu vois, ma petiote Tak, savoir que t'es là, que je rentre pour ton anniversaire, que je vais te retrouver devant une bière, avec la ribambelle des gens qui comptent le plus malgré tout ce qu'on peut construire en un an, savoir qu'on va s'aimer comme avant sur une plage ou sur un oreiller, ça, ce n'est pas qu'une consolation.
savoir que je rentre le jour de ton anniversaire, comme un fait exprès, comme un besoin de ne pas manquer ça, moi qui ai oublié bien des fois, ça donne un peu du sens à mon retour.
être là comme tu as été là dans ce blog, sabrer le champagne avec toi et pour toi, au nom de tous les anniversaires manqués, de tous les amis négligés (j'ai loupé l'anniversaire de marie anne, grosse buse que je suis, je viens seulement de m'en rendre compte) le temps de me construire, de faire ce truc que tu savais que je ferais avant même que j'en aie le projet, ça fait que même seule dans l'avion, à côté d'un vieux chnoque qui ronfle pique ma couverture, et renverse mon jus de tomate, je suis contente de rentrer.

il me tarde de t'apporter ton cadeau, tu m'excuseras si je suis un peu à l'ouest, un peu pain perdu sur les bords?
tu m'excuseras si je commence toutes mes phrases pas "tu sais au Cambodge..." et "avec le père Yvan..."? tu m'excuseras si je ne dis pas assez "tu"? si j'arrive aussi pour que tu sois avec moi, et pas seulement parce que je veux être là pour toi?


Taklith, ma beauté,
c'est terriblement injuste, parce que j'ai peut être vécu une de mes plus belles années loin de toi, loin de la smala parisienne, loin des miens, mais comme dirait ce cher Joachim:
"heureux qui comme Ulysse a fait un beau voyage, et puis est retourné plein d'usage et de raison voir sa takounette ivre morte qui souffle ses 25 bougies avant d'aller vomir son vin". Sacré Joachim, il savait ce qu'il disait, lui.

j'ai hâte de te serrer dans mes bras,

joyeux anniveraire vieille branche!

lundi 11 août 2008

Finalement, je vais peut être rester...

APRES UN CASTING DE CHOC A LA APSAR' AC', JE ME TATE POUR RESTER UN AN DE PLUS AU CHATEAU... VOTEZ POUR MOI!



vendredi 8 août 2008

Profiter du temps qui reste

Sabrina est arrivée.
je suis retombée malade aussi sec, tout comme le jour de la fête organisée pour le départ des étudiants dans leur province, il y a moins d'un mois.
... vous avez dit "psychosomatique"?... Non... du tout...

quoiqu'il en soit, chaque moment devient douloureux, au point que pour être sincère, j'en suis presque à souhaiter d'être déjà partie. Un mois à dire "je m'en vais, vous devrez accueillir Sabrina", un mois à me sentir sur le départ. C'est trop. J'ai comme l'impression non pas de manquer de temps mais qu'on m'a volé mon temps.
je me sens même un peu voleuse moi-même. je finis presque par sentir une certaine imposture dans le faite de venir recevoir du bonheur sous le généreux prétexte de vouloir en donner. Je viens, je fais croire que je reste, mais finalement je repars. Après tout, rester un an, c'est un peu ça. c'est un peu mentir sur nos intentions.
Mais je ne dis pas ça pour avoir 10 commentaires consolateurs. Parce que le point positif, maintenant, c'est que je rentre pour donner quelque chose qui dure. Ce que j'ai appris, je pourrai le redistribuer, le réinvestir, l'imposture en moins.

en attendant, le temps qui reste n'est pas facile à gérer.

alors je profite du temps qui reste comme je peux. Je rêvais du ratanakiri, des Cardamomms ou de Preah Viher, mais finalement, ce n'est pas plus mal de ne pas encore les connaître. Après tout, cela veut simplement dire que je reviendrai.

Ce que je fais donc maintenant, c'est relire le vécu.
J'arpente Phnom Penh avec passion, comme j'ai arpenté Paris avant de partir pour le Cambodge.
je me souviens avoir photographié avec enchantement les squares que j'aimais, mes amis les pigeons, les bus taggués de Belleville, l'Arc de Triomphe dans le violet d'un coucher de soleil, les panneaux "pelouse interdite" devant les parterre de fleurs des Tuileries, ma rue, les toits, St Eustache, les façades des troquets parisiens, et bien sûr, ce bon vieux canal St Martin, encombré de badauds.

C'est la même frénésie qui me prends aujourd'hui dans Phnom Penh.

je photographie nos derniers souvenirs avec les étudiants du CIST, encore au foyer jusqu'à dimanche,



avec mes responsables de programmes et les rencontres de passages,




mis je photographie aussi les marchés, leur foule, leurs couleurs. J'aimerais vous en envoyer les odeurs, parfois difficilement supportables,



les objets insolites qu'on peut y trouver,




je photographie les affiches du chef d'oeuvre cinématographique qu'Eva et moi avons offert de voir aux les étudiants,




les scènes de la rue, tellement plus cocasses qu'à Paris, c'est certain,








je photographie aussi ce que je parviens encore à découvrir de cette ville, comme lorsqu'Estelle, une copine photographe, m'a emmenée investir une maison coloniale à l'état d'abandon, squattée, en attendant de devenir un hôtel.









je photographie la bouffe




mon plaisir de manger,



je photographie ce qui m'amuse





...et m'agace gentillement,



me rappelle un peu une atmosphère française aussi.




Ce départ me panique un peu en fait. je ne vais pas avoir tout raconté depuis ici, j'ai peur d'en oublier trop en arrivant. j'ai peur de ne pas avoir une trace de tout.
je voudrais mettre tout le Cambodge dans mes valises, pas pour bien longtemps, mais juste pour le partager avec vous, après, promis, je pourrais le rendre.

Ce qui est agaçant avec les départ, finalement, c'est qu'on part. et tous les médiévistes, les agrégatifs,et ex agrégatifs savent qu'en bon vieux français médiéval, le "départ" c'est jamais que le fait de séparer en 2. Et moi, je ne sais plus trop qui sépare quoi de quoi...

mercredi 30 juillet 2008

drôle d'épidémie

Mais qu'est-ce que c'est que cette drôle d'épidémie qui noircit les doigts de tous les citoyens cambodgiens (y compris les morts) en cette période électorale?



Plus fort qu'une balle perdue...

La vraie émotion de ces derniers jours, désolée de faire si peu preuve de civisme, mais pour moi, c'est la douloureuse nécessité de dire au revoir.

Quand Martin m'a annoncé que je ne pouvais pas aller à Sisophon à cause des élections, je me suis revue 2 soirs auparavant, assise sur le bord du lit superposé de Koksen et Khlot Sao qui s'était roulé dans sa couverture, et discutant avec Mongrath et Vichay perchés sur le lit d'en face et completement surexcités:

"yes hélou! so you will come to visit my house?! Oh... so happy, so happy. i will ask my mother to cook food for you, she is a very good cook. and my grand father can speak french... oh very happy very happy!"


Ah ça oui, moi aussi, j'étais "very happy".

Tous les étudiants rentraient le lendemain dans leur province.Mot d'ordre: Vacances scolaires pour la plupart et élection pour tous. Ils rentraient pour ne revenir que le 24 aout alors que le 24, précisément, j'étendrai seule ma serviette sur la plage de Pramousquier, au milieu d'une nuée de barangs, plus solitaire qu'un cocotier en Alaska. Le coeur me fend à cette évocation.
Contre l'appel du Bantey Manchey, je ne pouvais rien. Ils rentraient et moi je devais leur dire adieu.
Du jour au lendemain la maison s'est retrouvée désespérément vide et silencieuse. Fini les chants qui traversent les murs dès 6h de bon matin, fini les parties de foot à une seule chaussure qui se trminent généralement par des "Eva! Helou§ do you have médecine for me?", fini la lutte pour retrouver ses tongs dans le tas à l'entrée de la maison.



Oui, la maison allait basculer dans le monde du silence, et je plaignait encore plus Eva, qui n'avait pas comme moi l'échappatoire de la fuite vers ses missions lointaine.
Est ce qu'on dit souvent adieu à des vivants? Non. C'est peut être pour ça que j'ai eu le sentiment de vivre l'écho d'une petite mort...
Alors la perspective de faire ce voyage chez eux, de rencontrer les heureux parents de ces petits prodiges, c'était un peu comme me faire marcher sur l'eau, ou me faire sortir du tombeau au troisième jour.

et paf. voilà qu'on me colle le danger du siècle: les élections, les thaï et les khmers un peu à cran, et des règles de sécurités bien impertinente.
au bout du fil, quand Martin m'a dit: "j'ai une mauvaise nouvelle, tu dois rester à Phnom Penh", j'ai perdu la face en étouffant un sanglot:

"mais Martin, Srey Em a même acheté des billets pour que je sois assise à côté d'elle d'en le bus, et puis j'ai rendez vous avec Vichay, Montgrath et Sokkea, au centre jeudi matin, tu ne peux pas me faire ça Martin, je ne les reverrai peut-être plus"


ce qui est bien avec Martin,m on directeur au Cambodge, c'est que le coeur déchiré d'amour pour les jeunes de Banteschmare, il comprend. Pris d'un sursaut quasi paternel, affolé comme si je lui avait dit "mais attends, Maradona était une femme", il m'a aussitôt répondu:
"Ok OK, attends deux minutes, je vais les appeler à bangkok, et à Paris, on va régler ça. hein, OK? tu attends deux minutes, hein? je te rappelle"


voilà. 2 minutes plus tard, effectivement, je recouvrai ma dignité, j'avais la bénédiction de Martin pour retrouver mes larrons.

En fait, c'est à côté de Sothea que j'étais assise. il était au 7ème ciel. Non pas parce que j'étais assise à côté de lui, mais parce qu'il venait de recevoir une lettre de ses parrains, après des mois et des mois d'attente et de lettres consensuelles à ses parrains.

Eva et moi en étions arrivées à les encourager à glisser des petits reproches dasn leurs courriers, et visiblement ce fut efficace.



Sothea allait donc pouvoir me harceler de question pour préparer un e-mail du tonnerre de Dieu pour épater ses parrainas par une réponse moderne dans un français limpide.



7 heures de routes, à regarder des clips de karaoké, à nous empiffrer de Khalan (du riz gluant cuit dans une bambou, avec des copeaux de noix de coco et des haricots noirs, comme ça ça ne fait pas forcément rêver mais c'est divin), 7h à corriger le français de Sothea, et lire un dernier roman avant de le laisser à la bibliothèque des Bambous de Phnom Penh.



au bout de la route, le cente de Sisophon. le paradis de Martin perdu à la lisière de cette ville moche. Sothea m'emmène d'abord rencontrer sa mère qui vend quelques légumes et des bananes au marché. Son fils sera ingénieur, diplômé de la meilleure école du Cambodge. ça risuqe de changer bien des choses...
le lendemain matin, à 8H, ils sont là.
Montgrath, le grand au coeur tendre qui m'avait déjà arraché des larmes en me faisant lire sa lettre aux parrains où il annonçait la mort de son père et le départ de sa meilleure amie au Bengladesh,
Sokkea, alias "mister Président,
et Vichay, le "student-gentleman" qui porte toujours mon sac depuis la grille de la maison jusqu'à m chambre quand il me voit rentrer de mission, fourbue et toute crottée.
ils ont emprunté les motos des cousins, des copain, ils sont tellement fiers de pouvoir me montrer leur domaine...
ensemble nous faisons la tournée des grands ducs:
salutations à la maman de Srey em, qui tient une buvette à l'entrée du centre, visite du jardin de Montgrath, un petit havre de paix, haies taillées, papillons multicolores et fleurs embaumantes, sokkea qui peut enfin me présenter a grand mère, légende vivante, 78 ans, que nous dérangeons en train d'abattre un bananier à la hache, Kim Sean qui lave son linge en chapeau safari pendant que sa mère prends l'air, et la maison de Vichay.
la maison qu'une tante prête à la mère de vichay, vendeuse de beignets de bananes, petit brin de femme, haute comme trois pommes, un peu bancale, car elle a une jambe malformée, femme courageuse, qui a fait rentré son fils de Thaïlande, où il a travaillé un an comme cuisto parce qu'il voulait gagner de l'argent pour aider sa famille. elle l'a fait revenir en disant: tu dois terminer tes études. savait elle alors qu'elle allait bouleverser le destin de vichay qui me souffle dans le couloir:

"i'm so happy that my deam become true. i never believed i could study until grade 12, and now i study in Phnom Penh. i thought, if i can study until grade 12 i am very lucky. Now i worry for my family, because my sister is in Thaïland since 3 years, and i miss her. my mother works so hard for living."


je vous fais du petit nègre, mais c'était tellement beau, tellement sincère, cette joie mélée de tristesse dans cette confidence de Vichay, que si la pudeur asiatique ne l'interdisait pas, j'aurai serré ce bougre dans mes bras pendant des heures.



pendant ce temps Sokkea et Montgrath, invité au feston de la mère de Vichay faisaient les ablutions de rigueur, et tordaient leurs estomacs affamés devant la table dressée en notre honneur.



Vichay m'a demandé de l'aider à convaincre sa mère et son grand père de déjeuner avec nous, envers et contre l'art de recevoir des khmers qui consiste à regarder son inviter dîner. c'était si touchant de le voir leur expliquer qu'en France l'inviter mange avec ses hôtes et que ça me faisait plaisir.





Le grand père de Vichay était infirmier à Phnom penh avant la guerre. c'est pourquoi il parle un peu français. "Un peu" parce qu'au Cambodge, oublier sa maîtrise du français a été une question de survie pour beaucoup. parler français c'était être du côté des colons, des capitalistes et donc un acte anti nationaliste, ce qui en temps de guerre et de khemr rouge n'est aps du meilleur goût.
a la fin du repas, le grand père m'a jeté son krama en pleine figure. rien d'impoli, il m'invitait à prendre une douche post prandiale: retour aux moeurs khmères...





je pourrais vous assomer de milles et un autres petits détails sur cette journée merveilleuse. je vous l'épargne. juste, en me ramenant au centre EDM, au moment de nous dire adieu, Vichay, Sokkea Montgrath et moi, Vichay m'a donné sa veste. en souvenir.
j'ai l'air d'un pingouin bossu dedans, mais franchement, ce vichay, il a la classe. son cadeau, je le garde, c'est un souvenir qui n'a pas de prix.

papa a raison, "partir c'est un peu mourir"... mais quand même, il y a de belles morts parfois.

vendredi 25 juillet 2008

Pourquoi Momo, Cathy et EDM ont peur

Vous n'avez pas vraiment du le remarquer entre les élections aux Etats Unis, la libérations d'Ingrid, et les soubresauts de l'Afganistan, mais le Cambodge aussi est sous tension.

Car ici, ce sont les élections législatives qui battent leur plein. Les camions à hauts-parleurs chargés de papis regard-vague-et-clope-au-bec et d'ados gominés agitant des petis drapeaux sillonnent le pays, collent des affiches sur touts les maisons sur fond de musique de kermesse.

L'autre jour, dans un village, alors que je faisais une visite de filleule pour une ouverture de parrainage et que nous parlions paisiblement des dettes de la familles, nombre de poulets, nombre d'ares et d'hectars possédés par la famille, revenus des membres du foyers, matières suivies en cours payant, et "utilisez vous du savon ou de la lessive pour votre toilette?" (il n'y a pas de sous questions pour les enquêtes sociales), les regards se sont suspendus à un vélo qui passait sur un sentier à l'horizon, et tout le monde a explosé de rire. Le cycliste arborait un T-shirt SAM Rainsy, une casquette HUMAIN RIGHT Party, et un petit drapeau CAMBODIAN PEOPLE Party.



Finalement, c'est un peu ça le civisme à la khmer, un consensus sympathique, qui ne fait pas de vague. On vote comme le voisin, pour pas briser l'harmonie bien sûr, mais aussi parce que le voisin en question, qui est membre du parti, a une machine à couper le bois qu'il utilise beaucoup, pour son travail... et ses affaires privées à l'occasion.



Ce n'est pas tout. Il y a grosse grosse tension entre le Cambodge et la Thaïlande autour de la question de Preah Vihear qui vient d'être inscrit au patrimoine de l'humanité par l'UNESCO.


(le temple... oui quand même)

Preah Vihear c'est un joli temple, situé dans une province loin de tout, au nord du Cambodge, un de ces sites pour lesquels je serai bientôt obligée de revenir un jour au Cambodge si je ne veux pas mourir idiote.


( en rouge, la province)

Pour faire bref, et au risque de me faire tirer les oreilles par les spécialistes pour mon dilettantisme, le Cambodge bénéficierait de l'aide de l'UNESCO pour protéger ce temple situer à la lisière de la frontière thaïlandaise, ce qui induit un périmètre de sécurité autour du site. Or ledit périmètre proposé par les autorités Cambodgiennes, mord sur le territoire thaïlandais. Et les Thaïlandais revendiquent un découpage qui ne permet pas de créer ce périmètre de sécurité. Tout ça sur fond de crise politique intérieure en Thaïlande et d'élections nationales au Cambodge.


(ce qui est génial avec ce blog, c'est que si vous cliquez sur les illustrations vous pouvez lire les textes que vous ne déchiffrez pas tels quels sur la page...)

Ajoutez un soupçon d'esprit ultra nationalistes, quelques soldats imbibés d'alcool qui peuvent s'emballer et régler leurs comptes un peu violemment après avoir perdu aux cartes... c'est vrai que ça peut dégénérer.

L'un dans l'autre, ce contencieux arrange bien certains pour les élections. parce que la peur du citoyen, y'a rien de mieux pour obtenir un vote massif. Cherchez celui qui fait figure d'homme fort, celui qui tient l'armée, et vous avez le grand vainqueur des élections.

Comme quoi, à toutes choses malheur est bon...

Voilà pourquoi c'est le branle-bas de combat à EDM. Le staff organise des rappatriements de volontaires bambous à l'insu de notre plein gré. Le père d'Eva en vient à téléphoner à sa fille pour savoir si elle est en vie. C'est pas plus mal, ça a au moins eu le mérite de nous mettre au courant...
Oui, parce que, nous franchement, à part des bouchons pour laisser passer les défilés de partis politiques, et deux ou trois agents de circulations un peu dépassés par l'anarchie naturelle qui s'empare des motocyclistes, on n'a pas remarqué grand chose.

De toutes façons, Eva et moi on est perplexes. A Bangkok comme à Paris, est ce qu'ils ont bien compris la géographie du Cambodge.

Regardez une carte et mettez vous deux seconde dans la peau d'une volontaire Bambou sensée être en danger de finir en merguez grillée sur un barbec' de soldats montagnards, et sommée fuire au plus vite sous les conseils avisés de sa hiérarchie:

Si avant de regagner Bangkok, on doit d'abord être rappatriées à Sisophon, tu parles d'une protection!
d'une part Sisophon est l'une des villes les plus violentes du Cambodge, et d'autre part, sans vouloir critiquer, c'est un peu juste à côté de la Thaïlande. Sans compter que rejoindre Bangkok par les terres, ça veut dire traverser Poipet, charmante bourgade pourvu qu'on la traverse en avion , de préférence de nuit. Alors le rappatriement des gentils volontaires bambous, en taxi, en passant par la frontière terrestre, du type "salut les Khmers, salut les les Thaï, soyez mignons, arrêtez de tirer 2 minutes le temps qu'on traverse, SVP", avec Eva, on ne comprend pas trop. L'idée de génie qui consiste à nous envoyer directement dans la gueule du loup en cas de pépin, c'est pas brillant-brillant.



A Phnom Penh, finalement on n'est pas plus mal. Et puis l'avion, ça craint moins que la route pour Poipet.

Bref, tout ce chahut nous a fait juste réaliser qu'un peu plus et on était obligées de faire nos paquets en 5 minutes et de faire nos adieux au Cambodge en fuyant. Rien que d'envisager cette perspective, nos petits coeurs se sont serrés.

...